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Berceau du graff

Le graffeur Heat nous emmène dans le tunnel du Verdanson, les égoûts de Montpellier, tagués depuis 1990.

Moyenâgeux, archaïque, animal. Le Grand Verdanson. 10 ans que Nicolas, alias Heat, n’était pas revenu à l’endroit même où, de 1990 à 1996, il venait graffer avec sa bande, les ODM. C’est ici que le tag est né à Montepellier. « Il y avait des règlements de compte, et de la délinquance. On était des mauvais garçons », se souvient-t-il.

Le tunnel du Verdanson s’étend des rives du Lez jusqu’à Philipiddes. Une surface taguée de A à Z par les générations qui se sont succédé. Sur les murs, des graffs (typographies) et des tags (signatures). Souvent repassés, 5% sont d’époque. Des années 90, il reste ce Police vert, en plein milieu du tunnel. De son temps, les jeunes utilisaient des rouleaux et des contours noirs. Maintenant, c’est la pureté de la lettre qui compte.

 

La nuit, Heat empruntait le passage Joffre, après la Comédie et gagnait le Verdanson par une pente abrupte. Là, il s’enfonçait dans les tunnels, les pieds dans la vase. Le boss, c’était Dwene. A l’époque, le graff était « toléré ». La police passait, voyait les jeunes, mais ne disait rien. Aujourd’hui, les graffeurs risquent la garde à vue, et encore ce n’est pas la prison ou une amende. « Ils viennent s’enfermer ici pour ne pas être vus et ne pas gêner. Mais même si c’est une bonne démarche et qu’on ne fait rien de cet espace, la police préfère verbaliser », regrette Heat, pour qui le Verdanson est une incroyable surface murale à exploiter. C'est devenu le médiateur entre les graffeurs et la mairie sur un projet de développement d’ouverture de terrain. Mais le Verdanson, en cas de pluie, est jugé dangereux.

Heat déplore une dérive vers ce qu’il appelle le « graff bourgeois ». Toutes les classes sociales sont touchées. « La nouvelle génération va tout de suite dans les terrains, ils se créent un nom en progressant de niveau, pas en posant leur tag partout. Avant, c’était la jungle ». Et puis, il y a la matériel technique, les magasins spécialisés, les ateliers encadrés et bientôt des écoles. «  Le vrai graff, c’est d’une autre époque », regrette-t-il, nostalgique des années où le graffiti était davantage une manière d’exister qu’un phénomène de mode.

Julie Olagnol

Photo : D.R.

Portrait express

Nicolas Cerula, 34 ans, dont 19 de graffiti, est né à la Paillade. De la grande époque du Verdanson, c’est un peu « le dernier des Mohicans ». Il a ensuite voyagé pendant trois ans à New York, Londres et Liège. Aujourd’hui, il possède le Montana Shop and Gallery, un magasin doublé d’une salle d’exposition. Montana est la 2e marque mondiale spécialise en graffiti et Monptellier, vieille scène du graff, est la seule ville française à posséder un magazin du genre. 

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