Kathakali, theyyam, kalaripayattu

Kathakali, theyyam, kalaripayattu sont trois arts de la culture du Kérala, un état au sud-ouest de l'Inde. Zoom sur ces pratiques ancestrales. 

Le kathakali, théâtre de mimes  

Kathakali

Le kathakali est un art de la scène keralais, à la base de tous les autres arts, comme le theyyam. Les spectacles de kathakali relatent des épisodes du Ramayana ou du Mahabharata, des épopées pouvant durer de 6 à 9 h, aussi seuls des extraits sont donnés dans les théâtres pour les touristes.

Les comédiens se maquillent eux-mêmes ou se font maquiller. Les couleurs, jaune, rouge, noire, sont issues du frottement de pierres avec de l’huile de cocotier. Avant la performance, les artistes introduisent dans leurs yeux des graines de fleurs pour leur donner la couleur rouge. Une pâte de riz permet de coller les éléments qui complètent le maquillage.

Les expressions des personnages passent avant tout par leurs mimiques. L’une des plus impressionnantes est le roulement des yeux au rythme de la musique. Les artistes froncent aussi les sourcils et jouent avec leurs cernes, leur bouche et leurs joues. Ces « Louis de Funès à l’indienne » n’ont rien à lui envier. On recense neuf catégories de mimiques : amour, sarcasme, tristesse, colère, héroïsme, peur, répulsion, envie et paix, réalisées avec toutes les parties du visage.

En plus des mouvements du visage, les comédiens parlent avec leur corps et avec les mudras (mouvements des mains et des doigts). Ils peuvent exprimer toutes sortes de choses, depuis des mots comme lotus ou cobra jusqu’à des expressions plus construites (comment vas-tu ?). Leur signification est très intuitive. Cette langue des signes comporte de nombreuses nuances : exiger qu’une personne quitte la pièce est beaucoup plus agressif que prier poliment quelqu’un de se retirer.

La représentation commence par une prière. Sur scène, en plus des comédiens, il y a plusieurs musiciens (tambours, tambour agité avec de faux doigts en métal, cymbales) et un chanteur-narrateur. Le maquillage des artistes renseigne sur leurs caractères : cruauté pour le rouge, gentillesse pour le vert, jaune pour les femmes et noir pour les démons, parfois armés d’un bâton.

Le métier de comédien n’attire pas vraiment les jeunes car il ne rapporte pas assez... Un festival se déroule de décembre à mars dans tout le Kerala.

Pour terminer la journée en beauté, assistez à Fort Kochi à un spectacle de kathakali au Kerala Kathakali Center, le plus central. Réservez la veille pour des places près de la scène. Vous assistez au maquillage des artistes de 17 h à 18 h. Ils font ensuite la démonstration de leurs mimiques, avant de jouer un extrait de l’une des deux épopées : Ramayana ou Mahabharata. 

 

Le theyyam, la danse des temples

Theyyam

Dans chaque temple de plusieurs districts du Kerala, ont lieu en saison (avril-mai) des danses spirituelles relatant l’histoire d’un Dieu. On en recense plus de 200. Elles durent généralement de une heure à un jour et sont effectuées par un membre de la famille de brahmanes du village, qui incarne le Dieu de son temple. Chacune raconte une histoire. Les hommes interprètent généralement tous les rôles. Seule une femme assure une performance. 

Le temple de Parassinikadavu fait figure d’exception puisque des performances sont données matin et soir toute l’année. Elles racontent la vie du Dieu Muthapan.

Avant la performance, les artistes doivent s’isoler pendant deux jours. Ils s’équipent petit à petit : peinture, visage, costume solidement fixé. Pour « devenir » complètement le Dieu, ils doivent porter des ornements et subir un maquillage complexe, qui nécessite bien souvent quatre heures de travail. Certains masques font plus de 5 mètres de haut, mais la plupart atteignent « seulement » 2 mètres. Chacun a son expression propre. Parfois, ils remplacent le maquillage. Ainsi équipés, les performers doivent parfois marcher jusqu’à 3 heures pour bénir les pèlerins.

Dans certains cas, les performances sont encore plus impressionnantes. Il arrive que les brahmanes se couchent sur du feu pendant 30 minutes. Ils peuvent aussi être portés au-dessus (grâce à des tiges de cocotier) sans rechigner… parfois une centaine de fois !

Le savoir et les matériaux sont transmis de génération en génération dans la famille de la caste des brahmanes. Des enfants-Dieu effectuent aussi des performances. Après la mousson, les « Dieux » rendent parfois directement visite aux familles. Les malades ont l’habitude de faire des offrandes et de se prosterner autour des temples. 

 

Le kalaripayattu, art martial kéralais

Kalaripayattu art martial keralais

A la base de tous les arts martiaux, le kalaripayattu, de kalari (leçon) et payattu (combat), trouve son origine au Kerala. C’est en fait une branche de l’ayurvéda. Cet art du combat se pratique à mains nues et avec toutes sortes d’armes : bâton, épée, lance, sabre, feu et un ouroumi, un objet tranchant enroulé d’abord, qui se déplie sous les mouvements du fighter sur plusieurs mètres.

Un combattant peut tuer 100 personnes avec un bâton. Les entraînements, quotidiens, tôt le matin ou tard le soir, se déroulent dans un luri, un espace en terre battue sous terre, ou un puri, en extérieur, sur le sable, sur une plage. Dès l’enfance, les jeunes travaillent leur flexibilité. Ils apprendront à l’adolescence d’autres techniques, comme manier le feu.

Nous sommes accueillis dans une salle en briques, au fond d’une ruelle étroite. La lumière est tamisée et l’atmosphère étouffante. Ambiance fight club. Chaque entraînement est supervisé par un maître. Celui-ci s’appelle Swan. Il est épaulé par un vieux maître tout voûté.

La séance commence par un rituel. Les combattants avancent le poing gauche, le pied droit, touchent l’autel trois fois, puis successivement leur front et leur poitrine. Dans un deuxième temps, ils font une prière en utilisant des mouvements du kalari. Ils effectuent ensuite des exercices pour s’échauffer les jambes, les bras et le corps tout entier, basés sur la contorsion.

Sauts, revers, coups, les mouvements sont comme dansés, avec une extrême précision et une grande coordination avec le partenaire. Les combats à proprement parler sont très codifiés. Pas de place pour l’improvisation, ce serait trop risqué. Ce soir-là, les combattants commencent avec un petit ou un grand bâton de bois qu’ils doivent se subtiliser. Ils poursuivent avec des lances, puis des épées et des boucliers. Pour terminer par des boules de feu et une démonstration d’ouroumi que les plus grands manient avec une incroyable dextérité à travers toute la pièce, jusqu’à en tirer des étincelles. L’entraînement s’achève par une prière et il est de bon augure de déposer une offrande à l’autel. 

Pour plus d'informations, n'hésitez pas à me contacter ou découvrez le carnet de bord.

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