Génération Sailormoon

Ils ont entre 15 et 25 ans, s’habillent en jean baskets pour aller à la fac et défilent le week-end dans un costume de héros de mangas qu’ils ont confectionné eux-mêmes.

 
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Eux, ce sont les cosplayers. De l’adolescente influençable qui se pâme pour les rock star japonaises au geek trentenaire un jeu vidéo greffé à la main, en passant par l’étudiante bien sous tout rapport, il n’y a pas de profil pour être des leurs. Bercés par Dragon Ball Z et Sailormoon, ils dévorent des mangas à 1 000 lieus de l’érotisme et de la violence qu’on leur attribue traditionnellement. Ils s’approvisionnent en Black Cat et Fruits Basket dans des magasins spécialisés comme New City Game (1er), Momie Mangas (2e) ou encore Le Manga (4e).

Leurs idoles ? Ayumi Hamasaki, une Rihanna à la japonaise et Gackt, chanteur à minettes, pour les plus populaires, des descendants de X Japan, un groupe de rock visuel des années 90. Amateurs de jeux vidéos, ils ont dévoré l’intégrale des Final Fantasy et autres dérivés de la culture nipponne et collectionnent les goodies, des figures de mangas. De leur héros, ils ont surtout pris les vêtements, des costumes qu’ils réalisent eux-mêmes parce que « si on achète c’est mal vu, ou alors il faut au moins le reconnaître », explique la membre du Krazy Cosplay Klub, une association qui regroupe une vingtaine de membres dans l’est de la France. L’important n’est pas de faire des miracles, mais surtout d’être imaginatif et ingénieux.

Le week-end, les cosplayers se retrouvent dans les conventions, des salons exclusivement réservés à la culture nippone. Là, ils défilent dans leur plus beau cosplay sur un podium devant des milliers de visiteurs, participent à des karaokés, à des quizz, à des ateliers culturels, comme la création d’origamis. Ils flânent entre les stands de mangas, d’albums de musique, de figurines et les bornes de jeux vidéos. Surtout, c’est un moyen de se rencontrer et de lier rapidement connaissance avec des gens qui partagent les mêmes passions.

A Lyon, la Japan Touch, à l’automne, est la convention la plus connue. En 2006, elle avait eu lieu sur le campus de la Doua, marquant le début de la déferlante cosplays. A ses côtés, l’Asian Touch est proposée par Asian Expo, qui promeut la culture japonaise en Occident. Après un tabac en 2006 à la Sucrière, elle a été repoussée en 2007. Enfin, la petite Chibi Japan Touch, en mai 2007, s’est déroulée à la Croix-Rousse en plein air et en association avec le festival de la BD de Lyon. « Je suis ravi que la BD s’associe avec les mangas. Il y en a pour tous les âges et de très bonne qualité », se réjouie Laurent Galichet, coordinateur du festival de la BD de Lyon. Il explique l’attirance des ados pour ces derniers comme « la continuité des dessins animés de leur enfance ». Des après-midi cosplays sont organisés au Ninkasi Kafé. Même principe que les conventions mais en modèle réduit. A Paris, les grandes soeurs des conventions lyonnaises, la Japan Expo, Paris Manga ou encore Epita, attirent par milliers les provinciaux.

« C’est un moyen de s’évader »

Chloé Gimzia-Lévêque a 20 ans et...la tête sur les épaules. « A mon âge, j’ai appris à relativiser. Les gothiques lolitas de 15 ans habillées en soubrette, hystériques devant un groupe japonais, c’est un peu le cliché », précise l’étudiante en 3e année d’anglais. Les cosplays, elle connaît. Cinq ans qu’elle pratique et écume les conventions. « Ma passion pour le Japon est également culturelle et j’ai toujours aimé les costumes, le jeu de scène, les défilés ».

Déjà gamine, elle restait scotchée devant les mangas des années 90. Un peu plus grande, elle passe des heures sur Resident Evil et autres Final Fantasy. Elle découvre le rock visuel avec X Japan, peu avant la mort de son guitariste et, à 15 ans, tombe sur un forum de cosplayers. C’est la révélation. Avec deux copines, elle apprend à coudre et se lance, avec un peu de difficultés d’abord dans la réalisation intégrale de ses costumes. « Sauf les chaussures qu’on customise ensuite », s’amuse-t-elle. Elle participe à sa première convention en 2004. « Comme dans tous les milieux il y a des cosplayers imbus de leur personne, surtout à Paris mais d’une manière générale, il y a une bonne ambiance », explique la dijonnaise. « Et il faut être plutôt ouvert d’esprit pour assumer son corps dans des tenues aussi loufoques ».

Aujourd’hui, elle regrette l’effet de mode autour du phénomène et ce qu’elle voit comme une décrédibilisation des cosplayers. Elle revendique ses goûts musicaux, du rock-punk à la Asian Kung Fu Generation et ses lectures, comme Yakitate !! Ja-pan – Un pain c’est tout, un manga qui parle de la passion des japonais pour la pâtisserie française. « Les cosplay c’est un moyen de s’évader. Je ne m’identifie pas totalement à mes personnages, cela peut être dangereux ». Chloé serait bien tentée par un voyage au Japon, mais pas pour y passer sa vie. « Je n’irai jamais me faire brider les yeux pour ressembler à une japonaise », précise-t-elle. « Il faut prendre du recul, c’est beaucoup plus sain. Avec l’âge, certains ne pensent qu’aux cosplays. C’est partir avec un handicap dans la vie ». Même si elle admet volontiers que le Japon n’est pas un pays parfait, Chloé aime se laisser entraîner dans « un monde merveilleux, où elle s’échappe du quotidien et cherche un espoir dans quelque chose qui fait briller les yeux ». Elle reconnaît finalement que si son univers n’est en rien une idéologie ou une quelconque rébellion, il peut apporter, par ses messages positifs et moralisateurs, une réponse aux ados paumés.

Julie Olagnol

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